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Le commerce indépendant en voie de disparition !! 28 janvier, 2011
Commerce et Distribution
COMMERCE
Nos centres-villes condamnés à tous se ressembler ?
vendredi 28.01.2011, 05:18
Agences de téléphonie et banques sont les seules à pouvoir assumer les «surloyers» de certains centres-villes comme à Lille. À Arras, retrouver la diversité commerciale passe par une nouvelle offre urbanistique. PH
D’une rue piétonne de France à l’autre, d’un centre-ville à l’autre, c’est le même paysage qui se répète. Les mêmes enseignes de prêt-à-porter, les banques qui annexent les places centrales, les magasins de téléphonie qui envahissent les rues piétonnes. Un phénomène particulièrement visible à Lille et dans les grandes villes de la région. Une fatalité ?
Après trente ans de présence dans la rue de Béthune à Lille, l’artère piétonne la plus fréquentée de France, la Carterie a baissé le rideau le mois dernier… Pour laisser place à la troisième boutique SFR des rues piétonnes lilloises, juste en face des magasins Orange et Bouygues. À La Madeleine, le café centenaire face à la mairie ferme ses portes… Pour laisser la place à une agence bancaire, la onzième de l’artère principale de cette ville de la métropole lilloise.
« Le paysage commercial des centres-villes est en train de s’uniformiser », constate Jacques Mutez, conseiller délégué au commerce à Lille. « Banques, groupes de téléphonie, et grandes franchises de prêt-à-porter sont les seuls à pouvoir payer les surloyers de certains secteurs ».
Loyers : + 200 % !
Pour Marc Donghi, responsable de l’agence en conseil immobilier 3×3, « dans les rues piétonnes de Lille, les loyers ont pris 200 % en 15 ans. Un bail comme la grande boutique Orange de la rue Neuve, c’est 500 000 euros par an, deux millions pour le seul pas de porte. C’est du délire ».
« Les centres-villes sont aujourd’hui cannibalisés par la financiarisation des baux commerciaux », estime Laurent Mazouni, manageur de ville à Boulogne-sur-Mer. La Loi de modernisation de l’économie (LME) de 2008 qui a totalement libéralisé le marché pour les surfaces de moins de 1 000 m², comme la législation sur l’indexation des loyers (voir ci-contre) a évidemment fait le jeu des investisseurs. « J’achète, je loue, je reloue. Pour les banques, c’est aussi un investissement immobilier. Les investisseurs extérieurs savent qu’il y aura une plus-value.
Ils recherchent le meilleur locataire qui sera prêt à payer plus cher pour être dans l’endroit le plus stratégique, au risque de casser le marché pour les commerçants les plus traditionnels ».
L’enjeu : être le plus visible, occuper l’espace, et surtout ne pas laisser le concurrent seul. C’est la stratégie des agences de téléphonie et des banques.
« Avec le Louvre-Lens, on voit beaucoup de banques s’installer. C’est un gage de l’évolution de la ville, mais c’est du commerce dormant », s’inquiète Guy Delcourt, le maire de Lens.
Pour les municipalités, la marge de manoeuvre est étroite. « Le décret Dutreil nous permet de préempter. Mais encore faut-il pouvoir s’aligner sur les prix du marché », explique Jacques Mutez. « L’enjeu est maintenant de desserrer le centre-ville, de créer d’autres centres à l’intérieur de la ville ». Voire de spécialiser certains axes, comme à Lille les rues de Gand (restaurants), de Paris (enfants) ou de la Clef (branchés).
« À Boulogne-sur-Mer, nous voulons étendre de nouveaux axes marchands secondaires », explique Laurent Mazouni. C’est le projet Lumière, autour de la rue Nationale. À Dunkerque, le projet Coeur d’agglo vise, lui, à rééquilibrer le centre-ville, qui s’est peu à peu déplacé vers les gros centres commerciaux Pôle Marine et Centre Marine. À Arras, la rénovation de la place des Héros a permis d’élargir les terrasses pour les restaurateurs et de retrouver un peu de diversité commerciale.
L’urbanisme viendra-t-il au secours du commerce indépendant ?
PAR JEAN-MARC PETIT







